Interviews

Félicité Lyamukuru, rescapée du génocide

Pour une rescapée du génocide, revenir sur les lieux de son drame personnel et familial, a fortiori lorsque ce lieu n’est pas un site mémoriel habituellement ouvert au public, demande beaucoup de courage dans le Rwanda d’aujourd’hui. Il faut réouvrir les portes, réveiller les souvenirs, les siens mais aussi ceux des personnes qui habitent ces lieux et parfois se heurter à leur souhait d’oublier le crime commis il y a 25 ans voir le nier. Mais le courage s’appuie sur un besoin impérieux et une détermination à faire la vérité sur ce qui s’est passé et transmettre la mémoire des faits.


Félicité Lyamukuru et son jeune frère Jimmy sont retournés sur les lieux de l’assassinat de leur famille à Nyundo, ils en sont les uniques rescapés, une fratrie de 6 enfants. Félicité raconte ces jours terrifiants vécus dès le 7 avril 1994.

Impressions des enseignants


Benny Heyte, professeur d’histoire à l’Athénée Royal Robert Campin (Tournai): « Depuis que nous sommes arrivés au Rwanda, j’ai un mot qui me revient en tête, c’est le mot contraste… Contraste entre la beauté du Rwanda et l’horreur du génocide. » De la difficulté de trouver les mots…


Julie Versele, professeure d’histoire à l’Ecole Decroly (Uccle) revient sur la rencontre avec Jean Ruzindaza, directeur de l’Unité de plaidoyer (CNLG) : « Ce qui m’a frappé, c’est quand Jean nous a demandé ce qu’on était venu chercher au Rwanda. Je ne comprends pas, disait-il, vous êtes en bonne santé et quand vous repartirez, vous serez fichus… »


Helina Egleme, professeure de sciences sociales au Collège Don Bosco (Woluwé Saint-Lambert) : « L’intérêt de faire ce voyage, c’est de se plonger dans cette histoire. Pouvoir croiser les sources d’information aussi… Savoir ce qui est dit dans ce pays et comment le transmettre à nos élèves. »


Julie Croisier, professeure de français à l’Ecole Decroly (Uccle) s’exprime sur le trauma du génocide et la difficile question de la réconciliation.


Guillaume Bossuroy, professeur de géographie à De l’autre côté de l’école (Auderghem) dit l’importance du voyage d’études pour la transmission à ses élèves qui, à leur tour, deviendront des passeurs de mémoire via la réalisation de créations artistiques.


Olivier Petit, professeur de sciences sociales à l’Ecole active (Uccle) : « Un voyage comme celui-ci cela a du sens parce que…ça change tout ! En fait, j’ai déjà donné le cours sur le génocide dans mes classes. En venant ici, je me rends compte que je l’ai très mal donné. En tout cas, je me suis arrêté à des choses qui étaient écrites dans les livres (…). Ici nous nous rendons compte qu’il y a plein de prismes possibles d’analyse de ce drame historique,( …) enseigner l’espoir… »


Benny Heyte, professeur d’histoire à l’Athénée Royal Robert Campin (Tournai) sur la difficulté de visiter les sites mémoriaux.


Helina Egleme, professeure de sciences sociales au Collège Don Bosco (Woluwé Saint-Lambert) sur une meilleure compréhension de la culture rwandaise, indispensable à notre grille de lecture du génocide et de la politique de réconciliation. Le silence et l’immense solitude des rescapés. Pourquoi transmettre aux élèves ?


Anne Nemry, professeure de français à l’Ecole Decroly (Uccle) : « La présence de Félicité nous permet de comprendre les choses de manière beaucoup plus émotionnelle que rationnelle (…) une vision humaine (…) l’extraordinaire capacité de résilience des rescapés (…) »

 

Personnes investies dans les secteurs de l’éducation, de la santé, du travail mémoriel


Innocent Ruzigana, guide du Mémorial national de Ntarama (CNLG) sur l’histoire du Rwanda: dès débuts de la colonisation au génocide des Tutsi.


Viviane Lipszstadt, coordinatrice du voyage d’études (Service social juif) : « J’ai commencé à travailler avec les rescapés tutsi parce que je suis fille de rescapés de la Shoah. » – La possibilité de résister ou pas.


Jean Ruzindaza, directeur de l’Unité de plaidoyer (Commission Nationale de Lutte Contre le Génocide – CNLG) parle de la résolution des conflits dans la culture rwandaise, de l’origine des gacaca.
Ces tribunaux populaires ont jugé près de 2 millions de personnes qui ont participé de près ou de loin au génocide. Les gacaca ont mis fin à l’impunité des meurtriers de Tutsi avant le génocide, en effet ceux qui ont assassinés des Tutsi au cours des massacres pré-génocidaires n’étaient jusqu’alors pas inquiétés. Gacaca signifie « herbe douce » en kinyarwanda, l’endroit où l’on se réunit sur la colline.


Joan Murungi travaille au sein du Rwanda Education Board (Ministère rwandais de l’éducation). Elle est chargée d’actualiser les programmes scolaires en y retirant toutes les mentions du passé incitant à la haine ethnique. « Lorsque les enfants faisaient des mathématiques, le professeur pouvait par exemple demander : si vous avez 10 Tutsi et que vous en tuez 5, combien en reste-t-il ? ».


Dr Vincent Tihon, coordinateur de projet Enabel (Agence belge de développement), collabore avec le Ministère rwandais de la Santé dans le cadre du traitement des traumas post-génocide. Il s’exprime sur : Comment prendre en compte le passé pour construire un meilleur futur ? – Réalité de la réconciliation – Les moyens belges mis à disposition pour que le Rwanda trouve la solution – Accompagner – Faciliter.